Halloween approche et quoi de mieux que de lire une petite sélection d'histoires qui font peur pour l'occasion.
J'ai donc opté pour La maison inhabitée  de Mrs. Riddell, une auteure victorienne plutôt méconnue en nos contrées et Lady Hunt de Hélène Frappat (rentrée littéraire 2013) sur lequel je reviendrai dans un billet ultérieur.

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L'ouvrage est édité par Corti, en 2003 et la traduction revient à Jacques Finné, à qui l'on doit également la traduction des nouvelles de Violet Hunt, La nuit des saisons mortes, autre auteure victorienne oubliée publiée chez cet éditeur.

L'histoire se découpe en 15 parties, et est racontée par un jeune clerc, Mr. Patterson qui travaille dans le cabinet de Mr Craven. Ces deux hommes ont à faire à Miss Blake, une mégère à la langue bien pendue, qui leur rend souvent visite puisque la demeure qu'elle désire mettre à louer, par leur intermédiaire, ne trouve pas de locataires stables. Tous fuient après quelques mois, expliquant que la maison est hantée. Et en effet, le beau-frère de Miss Blake devenu fou après la mort de sa femme, la sœur de Miss Blake, s'est suicidé dans la bibliothèque, laissant une orpheline, Miss Elmsdale, nièce de Miss Blake donc. Patterson, plus par niaiserie amoureuse que par témérité ou curiosité, va naturellement enquêter en prenant possession des lieux durant quelques semaines ...

Ce que j'en ai pensé :

- La structure de l'histoire est intéressante, puisqu'on ne rentre pas tout de suite dans le vif du sujet. D'abord on découvre Miss Blake qui est délicieusement insupportable et acide avec tout le monde. Comme les personnages, on aimerait la faire taire, comme eux, on s'ennuie vite quand elle n'est pas là. C'est de la répulsion-attraction addictive.

- Ensuite, on découvre une partie un peu plus "judiciaire" car n'oublions pas le contexte : nous sommes dans un cabinet de notaires et lorsqu'un locataire ne remplit pas son contrat, expliquant qu'un vice était caché (le fantôme évidemment), c'est direction le palais de justice !

Cette partie est très intéressante. Je l'ai ressenti comme un procès entre "société rationnelle" et "folklore halluciné". En découle l'installation de notre "héros", plutôt fadasse, dans la demeure. Celle-ci d'ailleurs le hante littéralement. Malade à cause d'elle, il s'absente quelques jours. Et en "vacance", il n'arrête pas de penser à cette maison au point de devoir écourter son rétablissement.

Les éléments fantastiques sont là : portes qui s'ouvrent et se ferment durant la nuit, des lumières, des apparitions. Mais la force réside dans la suggestion du fantôme. Celui-ci accomplit pas mal d'actions, dont on ne lui attribue pas tout de suite les actes et la chose n'est jamais dite explicitement.

Quelques bémols tout de même, malgré ces points positifs.

Certains passages sont traités trop rapidement à mon sens. D'autres font dans la "facilité": je pense notamment à l'histoire d'amour naissante entre Patterson et la nièce de Miss Blake, qu'il ne connait d'abord pas et qui s'avère être, sans surprise, la même jeune fille magnifique qu'il a "sauvé" d'un accident mais dont il ignorait l'identité... Quelle meilleure raison de s'enfermer dans une maison hantée pour la femme qu'on aime mais dont l'amour n'est pas forcément réciproque et donc l'avenir improbable ?

Enfin, ce roman s'avère être une histoire de fantôme classique, qui revient pour que sa mort soit éclaircie et punie. A ce niveau, Mrs. Riddell n'invente rien.

Pour conclure, on passe un bon moment durant cette lecture qui est plutôt rapide. Seulement, les faits sont téléphonés, tout est trop prévisible. L'intérêt en est diminué, c'est bien dommage.

Pour finir sur trois notes positives : 1. le personnage de Miss Blake vaut le détour pour ses remarques acerbes de vieille dame seule que personne, ou presque, n'ose contredire. 2. la société victorienne est décrite de façon très réaliste, et ça, personnellement, j'aime beaucoup mais je n'étonnerai personne. 3. les ouvrages de Mrs Riddell sont extrêmement difficiles à trouver de nos jours, et même si ce roman ne fait pas partie de mes coups de cœur, elle reste une grande écrivaine injustement méconnue.

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