thomas day sympathies for the devilL'année dernière, au cours d'une conférence sur les littératures de l'imaginaire, à Lyon, je suis tombée sur un bouquin de Thomas Day qui m'a interpellé : L'instinct de l'équarrisseur : Vie et mort de Sherlock Holmes. On m'a alors dit que Thomas Day, on aime ou on déteste. Soit, j'ai eu envie de me faire mon propre avis en achetant plutôt Sympathies for the devil, un recueil de nouvelles qui pourrait donner un aperçu de son écriture et de son imaginaire. Autant l'avouer, la couverture et le titre, hommage aux Rolling Stones, m'ont pas mal poussée à la consommation.

Cinq nouvelles composent ce recueil, chacune étant illustrées par Vincent Froissard : - Une forêt de cendre - L'Erreur - Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre - La notion de génocide nécessaire - Démon aux yeux de lumière.

Sachez que ce livre a été réédité chez Le Bélial' en 2004 et chez FolioSF en 2012, et que Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre a disparu, laissant place à deux autres nouvelles.

- Une forêt de cendre relate un univers pré-apocalyptique : un cercle de ténèbres s'est élevé à l'horizon et menace le monde. On suit Paul of Perth, le duc du Dragonshire, appelé à Londres par la Reine. Celle-ci aurait un plan pour sauver le monde mais cela demandera de verser du sang.

Cette nouvelle est juste ... magnifique bien que scénaristiquement prévisible. L'univers, mélange de fantasy et de science-fiction, est poétiquement sombre. La violence gratuite est monnaie courante. Paul est un personnage tout en nuances, à l'image de ce monde, décadent, défiguré par la maladie, repoussant dont la cruelle réputation n'est plus à faire. Et pourtant de son ultime souhait, de devenir une légende, viendra la sauvegarde de cet univers.

Pour moi, cette nouvelle est simplement un coup de coeur et ce, malgré le fait qu'elle soit prévisible. Thomas Day raconte que c'est un texte de jeunesse avec ses faiblesses mais une poésie certaine en ressort. L'un des textes que j'ai préféré. 

- L'Erreur c'est un monde pré-apocalyptique, encore, où l'information et la violence sont poussées à l'extrême. Big Mama attribue chaque semaine une médaille d'or, d'argent ou de bronze aux faits divers les plus sanglants dans sa publication L'Horror News . C'est ainsi que Darrell Jhune, un ancien prince, un intouchable, se voit refiler la médaille de bronze pour avoir vengé le meurtre de sa femme.

C'est le texte, avec Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre, qui m'a le moins plu. Les thèmes sont intéressants, la violence est banalisée dans une société qui ploie sous le surplus d'informations. On suit un personnage dont plus ou moins tout s'effondre autour de lui, et qui, sous acide, développe une seconde personnalité. Mais l'histoire, à mon goût, manque d'un petit quelque chose, d'une sorte "d'homogénéité". 

- La notion de génocide nécessaire : c'est un envoyé de l'O.N.U qui est envoyé dans une tribu Mongole afin que celle-ci accepte un implant rotulien qui permettrait de localiser chaque membre, à la demande des extra-terrestres, contre une somme rondelette pour chaque foyer mais également des connaissances médicales, technologiques, etc., de la part des E.T. Mais la tribu acceptera-t-elle de troquer sa liberté ?

La notion... est un texte moins sombre que les précédentes nouvelles. Le thème jusque-là était l'apocalpyse, la fin du monde, d'un monde plutôt. Ce texte, 100% humaniste, reste tout de même dans la lignée. Par contre, ici pas de fin du monde spectaculaire. La nouvelle est plus centrée sur les sentiments, sur la fin d'une période.
Un texte que j'ai trouvé très fort avec un arrière plan de science-fiction, qui n'est que le prétexte à l'histoire.

- Démon aux yeux de lumière fait référence à Loki, le dieu puni qui n'a cherché qu'à se venger des autres dieux en détruisant le monde. Des humains ont survécu, dont la belle Cybelle. Que va donner leur rencontre ?... Cette nouvelle présente les mêmes thèmes : apocalypse, violence, sexe, mais sur le ton de l'humour, du second degrés.

En conclusion, j'ai apprécié dans l'ensemble les univers de Thomas Day, avec un gros coup de coeur pour Une forêt de cendres et La notion de génocide nécessaire. Sa force, à mes yeux, réside dans le mélange des genres. Il est possible que dans un univers dit "fantasy", un héros se balade avec une épée Jedi. Et ça ne me dérange pas.

Ce qui m'a plu aussi, c'est les Afterwords de l'auteur, intercalés à la fin de chaque nouvelle. Day explique rapidement la genèse des textes, d'où viennent les idées, etc. Je ne sais pas si les éditions suivantes, chez Le Bélial' ou FolioSF ont repris cette structure. En tout cas, en quelques mots, on passe un bon moment avec Sympathies for the devil.