Depuis toujours, j'entends que Lolita de Nabokov est un chef d'oeuvre de la littérature du XXème siècle. J'avais en tête l'histoire d'un homme d'une quarantaine d'années qui fantasme sur une gamine. Et finalement, après l'avoir bouquiné, un peu plus de 500 pages qui se lisent d'une traite, il est bien question de cela mais pas que.

lolita nabokov

Humbert Humbert est un personnage dérangé, qui aime les petites filles, entre 9 et 14 ans. Les nymphettes, comme il les appelle. C'est un homme cultivé, un écrivain, voyez-vous. Suite à un héritage et plusieurs autres aventures, il se retrouve en Amérique, dans la maison de Charlotte Haze qui lui loue une chambre. C'est ici que Humbert fera la connaissance de Lolita, fille de Charlotte. La gamine lui rappelle sa première aventure amoureuse et sexuelle avortée avec une adolescente alors qu'il avait 13 ans. Cette histoire reste, dans sa mémoire, un échec, une obsession, qui le poursuit et le frustre. Lolita va "s'amuser" de l'intérêt que lui porte cet adulte qui ressemble à un acteur de cinéma qu'elle adule ... dans un premier temps. Intérêt qui ensuite la dépasse, qu'elle ne contrôle plus. S'ensuit une errance à travers les Etats-unis des années 50. L'enfer pour Lolita. Une descente douce-amère dans la folie pour son tortionnaire.

Certains voient cette histoire comme une histoire d'amour, j'aimerais préciser alors qu'elle est à sens unique. Je comprends que ce livre ait été censuré au départ, et puisse, de nos jours, choquer les plus sensibles. N'oublions pas qu'il traite de pédophilie. A sa décharge, ces scènes qui ne sont ni plus ni moins que des viols ne sont jamais décrites. Deux ou trois phrases y font explicitement allusion durant toute l'histoire (soit en plus de 500 pages). Le vrai sujet, si on occulte le thème de la pédophilie, est la lente mais certaine descente dans la folie amoureuse d'un homme qui présente un intéret envers les petites filles, avant même sa rencontre avec Lolita.

Celle-ci est littéralement dépersonnalisée, sublimée à travers le regard de son beau-père. Elle n'est qu'un objet, un pantin qui doit répondre à ses fantasmes, Humbert lui faisant du chantage. Elle n'a d'ailleurs jamais son mot à dire dans le sens où le lecteur et le narrateur, qui n'est autre que Humbert puisque le livre est écrit à la première personne du singulier, ignorent ses états d'âme. Comme il l'avouera, cela ne l'intéresse simplement pas.

Pour ma part, je n'attendais que le moment où la gamine se délivrerait de son beau-père. A l'inverse de plusieurs critiques sur la toile, je n'ai jamais éprouvé d'affection ou de pitié pour ce personnage. Il est sa propre victime en même temps qu'il détruit la vie de Lolita, gamine qui se comporte comme beaucoup d'enfants de nos jours : elle fait "son intéressante" aux yeux d'un adulte qui, malheureusement pour elle, cette fois, sera réceptif à son manège. Ainsi l'adolescente va se trouver dépassée par les événements, piégée dans son propre jeu.

Mais Lolita c'est aussi un style très riche, une écriture dont chaque mot suinte une poésie, étrange, dérangeante. On a droit à de jolies descriptions de l'Amérique des années 50, mais certains passages demeurent, à mon goût, un peu longs.

Cette lecture reste assez envoutante et éprouvante, le sujet, hélas, toujours d'actualité. Un malaise certain en ressort. Je ne le conseillerai pas aux personnes un peu trop sensibles.